Les plus grands brigands de tous les temps

Robin des Bois

Les brigands occupent une place à part dans l'imaginaire collectif : ils sont des criminels, et ils sont souvent racontés comme des héros. Cette ambivalence n'est pas un hasard, et les historiens l'ont analysée.

Le bandit social

L'historien Eric Hobsbawm a proposé le terme de « bandit social » pour désigner une figure récurrente : un hors-la-loi que les autorités poursuivent et que la population locale protège, parce qu'il s'attaque à ceux qu'elle considère comme ses oppresseurs.

Le schéma revient partout : un homme du peuple, poussé hors la loi par une injustice, qui vole les riches, épargne les pauvres, tue seulement en légitime défense, et finit trahi par un proche. Ce récit apparaît dans des sociétés qui n'ont aucun contact entre elles, ce qui indique qu'il répond à un besoin plus qu'à des faits.

La réalité documentée est presque toujours plus rude : la redistribution est marginale, la violence réelle, et les victimes appartiennent souvent aux mêmes milieux que les brigands eux-mêmes.

Jesse James

Hors-la-loi du Missouri, Jesse James rejoint adolescent la guérilla confédérée en 1864. Après la guerre, il dirige avec son frère et les frères Younger une bande responsable d'attaques de banques et de trains dans plusieurs États.

Sa figure a été construite de son vivant par une presse locale sympathisante qui en fit un vengeur du Sud vaincu. Il est abattu en 1882 par un membre de sa propre bande, ce qui a scellé la légende. Les travaux historiques récents insistent sur la dimension politique de son action, indissociable du conflit qui venait de s'achever.

Cartouche et Mandrin

Louis Dominique Bourguignon, dit Cartouche, dirige au début du 10-huitième siècle une organisation criminelle structurée dans le Paris de la Régence. Son procès et son supplice en 1721 sont un événement public, et sa légende naît immédiatement, portée par le théâtre et la littérature de colportage.

Louis Mandrin, au milieu du même siècle, relève d'un cas différent : il est contrebandier, et sa lutte vise la Ferme générale, institution chargée de percevoir des impôts indirects massivement détestés. C'est ce qui lui a valu un soutien populaire réel et durable, il vendait à bas prix des marchandises taxées, ce qui bénéficiait directement aux acheteurs.

Robin des Bois

C'est la figure fondatrice, et elle n'a probablement jamais existé. Les premières mentions apparaissent dans des ballades anglaises du quatorzième et du quinzième siècle, sans qu'aucune source ne permette d'identifier une personne réelle.

Le personnage a évolué considérablement : yeoman rusé dans les premières ballades, il devient noble dépossédé à partir du seizième siècle, puis défenseur des pauvres, le fameux « voler aux riches pour donner aux pauvres » est un ajout tardif, absent des versions médiévales.

Cette évolution est instructive : chaque époque a refaçonné le personnage selon ce dont elle avait besoin.

Ailleurs

Ned Kelly en Australie, Salvatore Giuliano en Sicile, Pancho Villa au Mexique, Lampião au Brésil, les haïdouks des Balkans, les bandits d'honneur corses : chaque culture a ses figures, et le schéma narratif se reproduit avec une constance remarquable.

Pourquoi ces récits durent

Trois raisons sont avancées. Ils expriment un ressentiment contre une autorité perçue comme injuste, dans des sociétés où les recours légaux sont inaccessibles au plus grand nombre. Ils affirment une justice alternative, morale plutôt que légale. Et ils mettent en scène une liberté individuelle absolue, dans des mondes très contraints.

Le récit du brigand n'est donc pas un récit sur le crime : c'est un récit sur la légitimité. C'est ce qui explique qu'il survive aussi bien aux démentis des historiens.

Ressources utiles